• 02 JUIL 13
    Lorsque la sexualité devient une drogue …

    Lorsque la sexualité devient une drogue …

    Lorsque la sexualité devient une drogue: le plaisir devient souffrant

    par Isabelle Boisclair, Sexologue clinicienne et psychothérapeute,

    Introduction

    Vous vous sentez esclave de votre vie sexuelle ? Vous avez l’impression d’avoir perdu le contrôle de vos comportements sexuels ?  Vous considérez comme étant excessive  :  votre masturbation, vos aventures d’un soir en séries, votre utilisation de matériel pornographique (revues, films, sites internets, …), votre utilisation d’objets,  votre fréquentation de prostituées, etc. ? Si la réponse à ces trois questions est « oui », il est possible que vous fassiez parti de ces gens qui ont développé une dépendance sexuelle.

    Qu’est-ce que la dépendance sexuelle ?

    Une personne dépendante de ses comportements sexuels vit des obsessions sexuelles qu’elle perçoit comme étant incontrôlables et se sent incitée à les actualiser par une impulsion insistante inexplicable. Elle en vient alors à consacrer, de plus en plus, son énergie, son temps et souvent son argent, à réaliser ses fantasmes sexuels au détriment des autres aspects de sa vie amoureuse, familiale, professionnelle. En fait, elle se retrouve soumise à sa sexualité devenue un besoin inassouvissable amenant la répétition inlassable du comportement sexuel.

    Plusieurs manifestations sont souvent rapportées par ces gens dépendants :

    1. Avec leur partenaire, ils ne parviennent pas à établir une relation sexuelle saine et gratifiante.

    2. Durant l’acte sexuel, ils expérimentent un état mental vécu comme une déréalisation de l’environnement.

    3. Malgré le fait qu’ils se promettent de cesser la conduite sexuellement compulsive, ils deviennent de plus en plus impuissants face à celle-ci jusqu’à ce qu’ils en viennent à diriger leur vie en fonction du seul but d’assouvir leurs besoins sexuels, de satisfaire cette dépendance.

    4. Ils passent progressivement par différentes étapes qui font en sorte qu’ils négligent de plus en plus leur famille, amis, travail. En fait, les divers contacts sexuels répétés dépourvus d’investissement affectif font en sorte que ceux-ci s’éloignent de tous ceux qui n’entrent pas dans leur cycle de  dépendance.

    5. Leur vie secrète devient plus réelle que leur vie publique. Souvent, les comportements sexuels dépendants sont vécus comme étant les seules ayant une réalité alors que les autres secteurs de la vie apparaissant « vides » ou artificiels.

    6. La culpabilité vécue associée à la dépendance fait en sorte qu’ils la cachent à leur entourage. Souvent ils trouvent diverses justifications à leurs comportements ou encore les nient et rejettent sur les autres les difficultés qui en résultent. De plus, ils se sentent inadéquats.

    En fait, la sexualité devient souvent pour ces gens dépendants le seule moyen d’adaptation utilisé pour fuire un malaise, un stress, une angoisse au même titre que l’alcool et les drogues sont utilisés comme une solution magique ayant le pouvoir de conjurer les émotions et les sentiments troublants pour les alcooliques et les toxicomanes. C’est ce qui expliquerait le transfert de dépendance fréquent pour plusieurs qui lorsqu’ils arrêtent  de consommer, deviennent dépendant sexuellement.

    Il est important aussi de mentionner que la sexualité étant devenue pour eux un objet de soumission, plusieurs se retrouvent à prendre des risques de plus en plus importants pour leur santé, par exemple au niveau des comportements à risque pour le VIH/Sida.

    Conclusion

    À la lumière des informations précédentes, nous pouvons constater qu’il est faux de penser que ces gens ont une vie sexuellement satisfaisante. En fait, celle-ci est plutôt une source, de honte, de culpabilité ainsi que de souffrance importante. De plus, plusieurs croient qu’ils sont fondamentalement des personnes sans valeurs et mauvaises, que personne ne peut les aimer comme ils sont, que la sexualité est leur plus important besoin, que jamais leurs besoins ne seront jamais satisfaits, etc.

    Souvent, ces personnes sexuellement dépendantes se retrouvent à être très malheureuses et ont l’impression qu’il n’y a pas de lumière au bout du tunnel… Mais c’est faux, il est possible de s’en sortir. Et, plusieurs ressources existent pour les aider.

     

    Que faire lors que nous pensons souffrir d’une dépendance sexuelle ?

    Nous avons vu précédemment que les personnes dépendantes sexuellement, souffrent de se  retrouver soumises à leur sexualité devenue un besoin inassouvissable amenant la répétition inlassable du comportement sexuel. Si vous avez l’impression de vivre cette difficulté, fort possiblement que des questions vous viennent à l’esprit, telles que : suis-je dépendant sexuellement ?  Que faire pour m’en sortir ?

    Un petit test pour savoir si vous êtes dépendant sexuellement

    Pour vous aider à répondre à la première question, il existe un petit test de dépistage (tiré textuellement de Carnes, 1983 in Schneider, 1991 ; dans Feray & Cordier, 1994). Il s’agit de répondre par oui ou non aux différentes questions :

    1. Avez-vous été victime d’abus sexuel pendant l’enfance ou l’adolescence ?

    2. Vous êtes-vous abonné ou avez-vous régulièrement acheté des revues érotiques ?

    3. Vos parents avaient-ils des troubles sexuels ?

    4. Êtes-vous souvent préoccupé par des pensées de nature sexuelle ?

    5. Avez-vous le sentiment que votre sexualité n’est pas normale ?

    6. Votre partenaire a-t-il (elle) déjà souffert ou s’est-il (elle) plaint(e) de votre comportement sexuel ?

    7. Avez-vous des difficultés à maîtriser votre comportement sexuel quand vous savez qu’il n’est pas approprié ?

    8. Vous êtes vous déjà senti mal à l’aise vis à vis de votre comportement sexuel ?

    9. Votre comportement sexuel a-t-il déjà été à l’origine de difficultés pour vous et votre famille ?

    10. Avez-vous déjà recherché de l’aide pour un comportement sexuel que vous n’aimiez pas ?

    11. Avez-vous déjà craint que des personnes puissent se renseigner sur vos activités sexuelles ?

    12. Est-ce que quelqu’un a déjà été choqué moralement par vos pratiques sexuelles ?

    13. Certaines de vos activités sexuelles sont-elles hors la loi ?

    14. Vous êtes vous déjà fait la promesse d’abandonner certains aspects de votre sexualité ?

    15. Avez-vous déjà fait des efforts et échoué pour abandonner un certain de comportement sexuel ?

    16. Devez-vous dissimuler certains aspects de votre sexualité aux autres ?

    17. Avez-vous tenté d’arrêter certaines de vos activités sexuelles ?

    18. Vous êtes vous déjà senti dégradé par votre comportement sexuel ?

    19. Le sexe a-t-il déjà été pour vous une façon d’échapper à vos problèmes ?

    20. Vous sentez-vous déprimé après un rapport sexuel ?

    21. Avez-vous ressenti le besoin d’espacer une certaine forme d’activité sexuelle ?

    22. Votre activité sexuelle a-t-elle déjà interféré avec votre vie familiale ?

    23. Avez-vous déjà eu des rapports sexuels avec des mineurs ?

    24. Vous sentez-vous dirigé par votre désir sexuel ?

    25. Pensez-vous parfois que votre désir sexuel est plus fort que vous ?

    Si vous avez au moins 13 réponses positives, la probabilité que vous souffrez de dépendance sexuelle est extrêmement élevée, soit de l’ordre de 96 %. Pour en être certain, il serait important que vous consultiez un(e) professionnel(le) pour qu’il/elle complète l’évaluation avec vous par d’autres tests.

     

    Ressources pour s’en sortir

    Nous vous invitons donc particulièrement à consulter si vous vivez de la souffrance et/ou de l’insatisfaction reliée au fait que vous vous croyez dépendant sexuellement. Plusieurs ressources et traitements existent :

    – Les sexothérapies ainsi que les psychothérapies individuelles avec un(e) professionnel(le) tel qu’un(e) sexologue ou psychologue peuvent vous être fort utiles. Il y a l’Association des Sexologues du Québec qui peut vous en référer : téléphone : (514) 270-9289,  courriel : asq@qc.aira.com , site web : www.associationdessexologues.com.

    – Différents groupes d’entraide peuvent vous offrir beaucoup de support. De plus, ils sont reconnus comme étant très efficaces pour aider les gens à se défaire de diverses dépendances. Ils sont basés sur un programme de 12 étapes qui est une adaptation du programme du mouvement des « Alcooliques Anonymes » (A.A.). À Montréal, il y a le groupe des Dépendants Affectifs et Sexuels Anonymes (D.A.S.A.). Téléphone : (514) 983-0671. Et, il existe aussi le groupe Sexolique Anonyme.

    – Parfois les thérapies sont combinées à une thérapie médicale. Certains médicaments sont alors utilisés tels que les anti-dépresseurs ou les thymorégulateurs pour aider à diminuer temporairement les obsessions sexuelles. Si vous croyez que cela peut vous être utile  L’Association de Médecine du Québec Sexuelle du Québec peut vous référer des médecins. Téléphone : (514) 871-0293 ou site web : www.amsq.org.

    – Si vous avez besoin plus d’informations sur la sexualité plusieurs sites Webs peuvent répondre à vos questions.  Le site InfoSexoWeb :http://www.blaf.ntic.qc.ca/fr/articles.shtml peut vous fournir plusieurs liens intéressants.

    Bibliographie

    Champagne D., 1994. Drogues, sexualité et problèmes sociaux, in P.Brisson (dir.) : L’usage des drogues et de la toxicomanie, volume II (p.31-56), Boucherville, Gaëtan Morin.

    Feray D. et Cordier B., 1994.  Les addictions sexuelles, in D. Bailly et J.L. Venisse (dir.) : Dépendance et conduites de dépendance, Éditions Masson, Paris, p.177-186

    Lemay M., 1997. La dépendance affective ou sexuelle a-t-elle un sens ? in Revue Sexologique, vol.5, no 1, Édition I.R.I.S., Montréal, p.161-202

    Mc Dougall, 1993. L’addiction à l’autre : réflexion sur les néo-sexualités et la sexualité addictive, in d’Alain Fine et al. (dir.) : Les troubles de la sexualité, Presses Universitaires de France, Paris, p.139-157

    Article publié sur Internet en 2003